Il lâcha son bras et elle lui adressa un petit sourire en guise d'au revoir, avant de lui tourner le dos pour avancer vers la première marche de l'escalier où elle posa son pied. Mais elle ne monta. Non, pas tout de suite. Elle ôta son pied de la marche et revint vers lui. Il la regarda sans comprendre et elle déposa, très furtivement, un petit baiser sur sa joue humide et pourtant étrangement chaude, avant de se lancer enfin dans l'escalier qui la séparait encore de l'agréable et rassurante chaleur de son foyer.
Il la suivit du regard, jusqu'à ce qu'elle ait disparu à l'intérieur de la demeure, les yeux ronds de stupeur. Il resta alors planté là quelques secondes, incapable de faire le moindre geste. Il était comme paralysé. Puis lentement, très lentement, il leva sa main et la porta à sa joue qu'il effleura du bout de ses doigts. Il était sous le choc. Ses sourcils se froncèrent à nouveau. Non mais comment avait-elle pu se permettre de faire ça ?!
- Manon ?
- Oui. C'est bien moi : je suis rentrée. répondit la jeune fille en dégoulinant des pieds à la tête sur la vieille serpillière que sa mère avait déposée dans l'entrée, peu de temps avant qu'elle rentre, en voyant le temps dehors.
Des bruits de pas dans
l'escalier se firent entendre et Mme MAUNILLE apparut bientôt en
bas des marches pour la rejoindre dans le salon.
- Tu es déjà rentrée ?! Je ne m'attendais pas à te voir ici avant encore dix bonnes minutes. Dépêches-toi d'aller te changer, tu vas pouvoir m'aider pour le repas.
- Oui. accepta docilement Manon en se précipitant vers l'étage, trop désireuse de quitter le plus vite possible son uniforme trempé pour des vêtements secs et beaucoup plus chauds.
Dans la rue, Adrian aperçut soudain sa silhouette courir devant la fenêtre alors qu'il passait dans la rue juste à côté. Il se stoppa brusquement et leva la tête vers elle au moment même où sa mère l'arrêtait net avant qu'elle n'ait eu le temps de gravir les premières marches. Sans réfléchir, il approcha de quelques pas.
Il vit alors Mme MAUNILLE froncer les sourcils.
- Vas-y. murmura-t-il, ses yeux maintenant
fixé sur Manon, en se remémorant leur échange à la sortie du lycée
un peu plus tôt. Expliques-lui ce
qu'il s'est passé. T'as eu la frousse de ta vie, bla bla bla...Tu
bosseras plus dur la prochaine fois pour compenser, bla bla bla...
T'es (encore) désolée, bla, bla, bla...
Il sourit. Manon semblait en
effet s'être lancée dans ce qui devait être un monologue
d'explication. Elle avait l'air plutôt confiante et sa mère ne fit
rien pour la couper, attendant patiemment les bras croisés qu'elle
ait terminé. Son sourire s'élargit. Ne lui avait-il pas dit que
tout irait bien tant qu'elle rentrerait à la maison
?
- Tu vois. murmura-t-il à nouveau. Une mère reste une mère. C'était pas si difficile que ça.
Mais à l'intérieur
l'atmosphère s'était soudain tendu. Le regard de Mme MAUNILLE était
devenu sombre, presque menaçant et, sans que ni lui ni Manon ne s'y
attendent, elle décocha une gifle magistrale à sa fille qui recula
sous le choc. La jeune femme hurla plusieurs mots que l'adolescent
dehors ne pu entendre à cause du vent. Il la vit relever sa main
puis la rabaisser et s'éloigner à grands pas rageurs, hors de son
champ de vision. Manon avait baissé sombrement sa tête et n'ajouta
plus un seul mot, sa main tremblante plaquée sur sa joue
douloureuse.












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