Accueil Date de création : 25/01/08 Dernière mise à jour : 04/11/09 19:30 / 138 articles publiés
 
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Chapitre VI

VI - 10  (Chapitre VI) posté le mercredi 14 octobre 2009 18:55

Il lâcha son bras et elle lui adressa un petit sourire en guise d'au revoir, avant de lui tourner le dos pour avancer vers la première marche de l'escalier où elle posa son pied. Mais elle ne monta. Non, pas tout de suite. Elle ôta son pied de la marche et revint vers lui. Il la regarda sans comprendre et elle déposa, très furtivement, un petit baiser sur sa joue humide et pourtant étrangement chaude, avant de se lancer enfin dans l'escalier qui la séparait encore de l'agréable et rassurante chaleur de son foyer.

Il la suivit du regard, jusqu'à ce qu'elle ait disparu à l'intérieur de la demeure, les yeux ronds de stupeur. Il resta alors planté là quelques secondes, incapable de faire le moindre geste. Il était comme paralysé. Puis lentement, très lentement, il leva sa main et la porta à sa joue qu'il effleura du bout de ses doigts. Il était sous le choc. Ses sourcils se froncèrent à nouveau. Non mais comment avait-elle pu se permettre de faire ça ?!

 

 

- Manon ?

 

- Oui. C'est bien moi : je suis rentrée. répondit la jeune fille en dégoulinant des pieds à la tête sur la vieille serpillière que sa mère avait déposée dans l'entrée, peu de temps avant qu'elle rentre, en voyant le temps dehors.

 

Des bruits de pas dans l'escalier se firent entendre et Mme MAUNILLE apparut bientôt en bas des marches pour la rejoindre dans le salon.

 

- Tu es déjà rentrée ?! Je ne m'attendais pas à te voir ici avant encore dix bonnes minutes. Dépêches-toi d'aller te changer, tu vas pouvoir m'aider pour le repas.

 

- Oui. accepta docilement Manon en se précipitant vers l'étage, trop désireuse de quitter le plus vite possible son uniforme trempé pour des vêtements secs et beaucoup plus chauds.

 

Dans la rue, Adrian aperçut soudain sa silhouette courir devant la fenêtre alors qu'il passait dans la rue juste à côté. Il se stoppa brusquement et leva la tête vers elle au moment même où sa mère l'arrêtait net avant qu'elle n'ait eu le temps de gravir les premières marches. Sans réfléchir, il approcha de quelques pas.

Il vit alors Mme MAUNILLE froncer les sourcils.

 

- Vas-y. murmura-t-il, ses yeux maintenant fixé sur Manon, en se remémorant leur échange à la sortie du lycée un peu plus tôt. Expliques-lui ce qu'il s'est passé. T'as eu la frousse de ta vie, bla bla bla...Tu bosseras plus dur la prochaine fois pour compenser, bla bla bla... T'es (encore) désolée, bla, bla, bla...

 

Il sourit. Manon semblait en effet s'être lancée dans ce qui devait être un monologue d'explication. Elle avait l'air plutôt confiante et sa mère ne fit rien pour la couper, attendant patiemment les bras croisés qu'elle ait terminé. Son sourire s'élargit. Ne lui avait-il pas dit que tout irait bien tant qu'elle rentrerait à la maison ?

 

 

- Tu vois. murmura-t-il à nouveau. Une mère reste une mère. C'était pas si difficile que ça.

 

Mais à l'intérieur l'atmosphère s'était soudain tendu. Le regard de Mme MAUNILLE était devenu sombre, presque menaçant et, sans que ni lui ni Manon ne s'y attendent, elle décocha une gifle magistrale à sa fille qui recula sous le choc. La jeune femme hurla plusieurs mots que l'adolescent dehors ne pu entendre à cause du vent. Il la vit relever sa main puis la rabaisser et s'éloigner à grands pas rageurs, hors de son champ de vision. Manon avait baissé sombrement sa tête et n'ajouta plus un seul mot, sa main tremblante plaquée sur sa joue douloureuse.

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VI - 11  (Chapitre VI) posté le dimanche 18 octobre 2009 17:50

Les larmes aux yeux et les lèvres tremblotantes, Manon résistait de toutes ses forces pour ne pas pleurer tout en se massant la joue. Elle l'avait mérité. Elle réprima un sanglot et tourna la tête vers la fenêtre avec l'impression soudaine qu'on l'observait. Elle l'aperçut alors, dans la pénombre, la bouche légèrement ouverte et dégoulinant de pluie. L'effroi et la culpabilité se lisaient sans peine sur son visage sombre. Il était facile de deviner qu'il avait assisté à toute la scène avec sa mère depuis son poste et qu'il s'en voulait terriblement de lui avoir fait croire que tout irait bien.

Non, il ne fallait pas. Elle ne voulait surtout pas qu'il s'en sente responsable. Elle approcha de la fenêtre et leva sa main qu'elle colla contre la vitre glacée qui les séparait. Tout ce qui venait de se passer sous ses yeux, tout était uniquement de sa faute à elle. Pas la sienne. Ses yeux baissés, fixé sur les siens, étaient redevenu si doux. Tout allait bien. Il ne devait plus s'en faire. Elle le regarda avec tendresse et lui adressa un petit sourire qui, à lui seul, le réchauffa tout entier.

 

 

Les joues d'Adrian se colorèrent instantanément et il détourna aussitôt la tête sans plus pouvoir reporter son attention sur elle. Il se mordit la lèvre et serra les poings pour lutter contre cette soudaine envie de pleurer qui s'était emparée de lui. Il recula sans plus lever les yeux vers la fenêtre, jusqu'à ce que ses pieds retrouvent enfin la dureté du trottoir. Là, il se tourna vers la direction de la demeure de ses parents et se mit en route en avançant de plus en plus vite. Un nouvel éclair zébra le ciel, suivit de prés par un nouveau coup de tonnerre. Il se mit à courir.

 

- Tu es encore là ?! Mais dépêches-toi donc d'aller te changer ! Et viens mettre la table en attendant ton père !

 

Manon se détourna vivement de la fenêtre et rabaissa la tête d'un air coupable. Elle voulut lui répondre par l'affirmatif mais sa mère fut plus rapide qu'elle :

 

- Et en silence : je n'veux plus rien entendre de ta part, tu m'as comprise ? Tu as suffisamment fait de bêtise pour aujourd'hui. Alors fais-toi oubliée. acheva-t-elle de dire sèchement avant de retourner dans la cuisine.

 

La jeune fille acquiesça en silence et monta rapidement à l'étage, comme elle l'avait exigée pendant qu'Adrian, quant à lui, courrait toujours sous la pluie battante et les coups de tonnerre de plus en plus rapprochés. L'orage arrivait peu à peu juste au-dessus d'eux. Il était devenu urgent qu'il rentre. Mais pourquoi fallait-il que la demeure soit aussi loin ?

Il mit encore plus de quinze minutes avant de rejoindre enfin le secteur le plus riche de la ville où elle se trouvait.

 

 

Il entra en trombe dans le petit hall d'entrée, tout dégoulinant de pluie sur le vieux tapis et referma la lourde porte derrière lui en luttant contre le vent qui faisait rage au dehors et l'en empêchait.

 

- Tiens, il pleut ?

 

Il leva aussitôt les yeux vers son frère cadet qui était appuyé contre la rambarde de la mezzanine, juste à côté de l'escalier et qui l'observait d'un air purement indifférent. Mais Adrian avait appris depuis le temps à discerner sa mesquinerie puérile et parfois méchante derrière cette façade de "je m'en foutiste" qu'il était entrain d'afficher. Il rabaissa la tête en grognant faiblement. Il n'était vraiment pas d'humeur à lui répliquer quoi que se soit et il grimpa les marches qui le séparaient de lui, quatre à quatre, pour aller se changer dans sa chambre sans même lui lancer le moindre regard en passant.

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VI - 12  (Chapitre VI) posté le dimanche 18 octobre 2009 18:45

- Etrange j'avais pourtant entendu dire que la pluie permettait de calmer les nerfs. insista Jeremy dans son dos, avec un petit sourire. 'Faut croire que t'es pas resté suffisamment longtemps en dessous.

 

- Fermes-la. répliqua sèchement Adrian en franchissant la porte qui menait à sa chambre avant de la faire claquer derrière lui.


Pas besoin d'entendre quoi que se soit pour le pousser plus à bout qu'il ne l'était déjà.

 

 

Quand il ressortit, une vingtaine de minutes plus tard, Jeremy avait disparut pour laisser sa place à leur frère aîné : Antony. Quand il l'entendit approcher, le jeune homme leva à peine les yeux vers lui avant de reporter son attention sur l'imposante porte d'entrée en contre bas.

 

- 'soir. grommela-t-il tandis que son frère cadet approchait vers l'escalier pour rejoindre le rez-de-chaussée.

 

- 'lut. répondit alors Adrian sur un ton tout aussi maussade.

 

- Ce temps, soupira Antony, il me frustre.


L'adolescent tourna la tête vers lui, juste au moment où il se redressait pour prendre le chemin de sa propre chambre sans plus rien ajouter d'autre. Ses cheveux étaient encore bien humides. Mais ses vêtements étaient secs. Il ne devait pas être rentré plus d'une dizaine de minutes avant lui et s'était déjà changé. Adrian le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il ait disparut à l'angle du couloir, puis il haussa simplement les épaules et descendit, sans avoir compris un seul mot de ce qu'il venait de dire. De toute façon, à cet instant, il avait bien d'autre chose en tête pour se préoccuper des pensées de quelqu'un d'autre.

De son côté, Antony referma lentement la porte après être parvenu dans sa chambre et s'appuya le dos contre le panneau. Il baissa sombrement les yeux et porta une main à l'une de ses poches de pantalon pour en sortit son téléphone portable dont il regarda l'écran un instant avant de composer enfin un numéro. Mais il l'annula sans même avoir lancé l'appel. Il cligna lentement des paupières, soupira, patienta encore quelques secondes, leva les yeux au ciel, puis recommença.

 

* toc ! toc ! toc ! *

 

- Antony ? On va passer à table, dépêches-toi de descendre !

 

Il soupira à nouveau, le doigt juste au dessus de la bonne touche cette fois. La voix derrière la porte l'avait interrompu avant qu'il n'ait eu le temps de lancer son appel. Mais peut-être était-ce mieux comme ça ? Son doigt glissa lentement vers l'autre bord du clavier et il abandonna sa nouvelle tentative. Il leva son bras au dessus de son front en serrant le téléphone dans sa main.

 

 

- Comment peux-tu encore avoir peur de l'orage à ton âge ?!

 

- A mon âge ? se plaignit Valérie en grimaçant. Comme tu y vas... J'te signale qu'on a qu'une dizaine d'années de différence.

 

- C'est tout de même étrange, insista la mère de Lalia avec un petit sourire indulgent, que le temps n'y aie rien changé. Avec ta mère, je m'souviens qu'on en a discuté quelque fois quand tu étais encore au collège. On pensait que ça diminuerait avec l'âge. Mais je constate que c'est toujours le cas. Pourtant aussi loin que je m'rappelle, il ne s'est jamais rien passé qui est pu provoquer un tel traumatisme.

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VI - 13  (Chapitre VI) posté le mercredi 04 novembre 2009 18:30

- Manon aussi en a peur. annonça l'adolescente en brandissant sa fourchette avec une telle vivacité qu'elle projeta quelques gouttes de sauce vinaigrette sur sa cousine qui grimaça. Oups, désolée !

 

Elle lui tendit aussitôt sa serviette pour réparer ses bêtises.

 

- Tu as réussi à la joindre au fait ? demanda Mme WILBURN

 

- Je suis tombée sur sa mère. Elle m'a dit qu'elle était montée se changer. Elle avait pas vraiment l'air de très bonne humeur, j'espère qu'elle en a pas encore eu après elle...

 

 

- Pourquoi en aurait-elle après ta copine ? interrogea Valérie en haussant les sourcils. Elle a du rentrer complètement trempée en plus, avec ce maudit orage.

 

- Ca se voit que tu connais pas Mme MAUNILLE. soupira Lalia en remplissant son verre d'eau. Tout ce qu'elle va voir c'est que Manon a manqué le travail après les cours., le reste importe peu pour elle.

 

Sa mère l'imita mais n'ajouta rien d'autre. Elle même, elle n'avait jamais vraiment "accrochée" avec la jeune femme au cours de leurs quelques rencontres.

 

- Je suis quand même soulagée de la savoir à l'abri chez elle.

 

Valérie avala de travers et suffoqua.

 

- Je croyais qu'il n'y avait rien à craindre d'un simple et stupide orage. ironisa-t-elle alors. N'empêche que tu t'inquiétais quand même de la savoir dehors juste en dessous.

 

Lalia détourna les yeux.

 

- Oui... euh...c'est vrai : je m'inquiétais à cause de ça... hmm !  De quoi d'autre sinon ?

 

 

Elle rigola nerveusement, avala d'une traite ce qu'il restait dans son verre et se leva brusquement après s'être époumoné quelques secondes pour avoir bu trop vite et de travers.

 

- Euh... j'vous sers la suite ? proposa-t-elle en s'emparant de la cuillère et du plat disposés au milieu de la table, bien décidée à changer de sujet. Des lasagnes ! Ton plat préféré Valérie ! Aller, donnes ton assiette.

 

La jeune femme lui tendit son assiette en fronçant les sourcils. Mais elle semblait être la seule à avoir compris qu'elle était entrain de leur cacher quelque chose.

 

- Avoues. lui chuchota-t-elle en faisant mine d'être concentrée sur son plat, tandis que son oncle et sa tante étaient en grande discussion avec son cousin, le petit frère de Lalia. De quoi t'avais vraiment peur concernant ta copine ? Et me reparles pas de l'orage.

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VI - 14  (Chapitre VI) posté le mercredi 04 novembre 2009 19:30

Lalia prit une petite mine boudeuse et lui avoua tout, sans détour, et en parlant pas plus fort qu'elle.

 

- Et je crois... je crois bien avoir aperçut Adrian LEGRAND, quand on a passé le portail avec Sandra. finit-elle par achever. Nan, vraiment, tout ça me dit rien qui vaille. Je n'aurais jamais du la laisser toute seule là-bas.

 

- S'il est comme son frère ainé, crois-moi t'as aucune raison de t'en faire pour elle. Ca se saurait si la bêtise était une maladie contagieuse. soupira-t-elle sans même lever les yeux de son assiette.

 

- Son frère ainé ? Pourquoi ? C'est qui ?

 

 

- Hmm ? Oh, personne. Oublis. C'est juste un crétin qui refuse de grandir, rien de bien intéressant. Concentres-toi plutôt sur ton assiette.

 

Elle planta sèchement sa fourchette dans son plat, ses pensées volant d'Antony pour passer maintenant au jeune homme de la Mairie qui l'avait contrainte à sortir avec lui. Avant de revenir sur le premier.

 

- Il se croit supérieur juste parce qu'il vient de l'un des lycées les plus grands et les plus chers de la ville. Pourquoi il l'a quitté d'ailleurs ? Il aurait mieux fait d'y rester ! insista malgré tout Lalia après quelques minutes de silence.  Je suis sûre que c'est lui qui a manigancé tout ça.

 

- Hmm... Nan, c'est vraiment pas son genre de planifier un truc aussi tordu. - elle soupira - Je sais que j'ai pas été très sympa avec lui mais bon... Il aurait quand même pu m'appeler pour savoir comment j'allais avec cet orage qui n'en finit plus... Même si c'est juste pour me sortir encore une de ses vannes débiles...

 

- T'appeler ? Son genre ? Mais de qui tu parles ??


- P-pourquoi ? Toi de qui t'es entrain d'parler ?

 

- Ben, d'Adrian LEGRAND tiens ! Et toi, de qui tu parles ?

 

- Euh... Ben... de lui aussi... bien sûr puisque c'est d'lui dont il est question depuis tout à l'heure. Nan ?! De qui d'autre j'pourrais bien parler sinon ?

 

 

- Mouais.

 

- Ok alors tout est dit. Nan ? Bon ben maintenant manges avant que ça refroidisse.

 

Lalia ouvrit la bouche pour répliquer une dernière chose mais un regard appuyé de sa mère qui était entrain de les observer du coin de l'oeil, la fit se stopper avant d'avoir produit le moindre son. Elle reporta son attention sur sa cousine qui était entrain d'écraser sombrement sa part de lasagnes avec le plat de sa fourchette. Elle semblait en colère. Mais pourquoi ?

Et surtout contre qui ?

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