Les larmes aux yeux et les
lèvres tremblotantes, Manon résistait de toutes ses forces pour ne
pas pleurer tout en se massant la joue. Elle l'avait mérité. Elle
réprima un sanglot et tourna la tête vers la fenêtre avec
l'impression soudaine qu'on l'observait. Elle l'aperçut alors, dans
la pénombre, la bouche légèrement ouverte et dégoulinant de pluie.
L'effroi et la culpabilité se lisaient sans peine sur son visage
sombre. Il était facile de deviner qu'il avait assisté à toute la
scène avec sa mère depuis son poste et qu'il s'en voulait
terriblement de lui avoir fait croire que tout irait
bien.
Non, il ne fallait pas. Elle
ne voulait surtout pas qu'il s'en sente responsable. Elle approcha
de la fenêtre et leva sa main qu'elle colla contre la vitre glacée
qui les séparait. Tout ce qui venait de se passer sous ses yeux,
tout était uniquement de sa faute à elle. Pas la sienne. Ses yeux
baissés, fixé sur les siens, étaient redevenu si doux.
Tout allait bien. Il ne devait plus s'en faire.
Elle le regarda avec tendresse et lui adressa un petit
sourire qui, à lui seul, le réchauffa tout
entier.
Les joues d'Adrian se colorèrent instantanément et il détourna aussitôt la tête sans plus pouvoir reporter son attention sur elle. Il se mordit la lèvre et serra les poings pour lutter contre cette soudaine envie de pleurer qui s'était emparée de lui. Il recula sans plus lever les yeux vers la fenêtre, jusqu'à ce que ses pieds retrouvent enfin la dureté du trottoir. Là, il se tourna vers la direction de la demeure de ses parents et se mit en route en avançant de plus en plus vite. Un nouvel éclair zébra le ciel, suivit de prés par un nouveau coup de tonnerre. Il se mit à courir.
- Tu es encore
là ?! Mais dépêches-toi donc d'aller te changer ! Et viens mettre
la table en attendant ton père !
Manon se détourna vivement de la fenêtre et rabaissa la tête d'un air coupable. Elle voulut lui répondre par l'affirmatif mais sa mère fut plus rapide qu'elle :
- Et en
silence : je n'veux plus rien entendre de ta part, tu m'as comprise
? Tu as suffisamment fait de bêtise pour aujourd'hui. Alors
fais-toi oubliée. acheva-t-elle de
dire sèchement avant de retourner dans la
cuisine.
La jeune fille acquiesça en silence et monta rapidement à l'étage, comme elle l'avait exigée pendant qu'Adrian, quant à lui, courrait toujours sous la pluie battante et les coups de tonnerre de plus en plus rapprochés. L'orage arrivait peu à peu juste au-dessus d'eux. Il était devenu urgent qu'il rentre. Mais pourquoi fallait-il que la demeure soit aussi loin ?
Il mit encore plus de quinze minutes avant de rejoindre enfin le secteur le plus riche de la ville où elle se trouvait.
Il entra en trombe dans le petit hall d'entrée, tout dégoulinant de pluie sur le vieux tapis et referma la lourde porte derrière lui en luttant contre le vent qui faisait rage au dehors et l'en empêchait.
- Tiens, il pleut ?
Il leva aussitôt les yeux vers son frère cadet
qui était appuyé contre la rambarde de la mezzanine, juste à côté
de l'escalier et qui l'observait d'un air purement indifférent.
Mais Adrian avait appris depuis le temps à discerner sa mesquinerie
puérile et parfois méchante derrière cette façade de "je m'en
foutiste" qu'il était entrain d'afficher. Il rabaissa la tête en
grognant faiblement. Il n'était vraiment pas d'humeur à lui
répliquer quoi que se soit et il grimpa les marches qui le
séparaient de lui, quatre à quatre, pour aller se changer dans sa
chambre sans même lui lancer le moindre regard en
passant.


Commentaires